Faire la queue, c’est un sport national ici. On a l’impression de faire la queue toute la journée. Il existe même diverses façons de faire la queue.
Il y a tout d’abord la queue classique, ennuyante à mourir, on doit rester debout, on a mal aux jambes, on arrive en avance et déjà il y a des personnes devant nous, et le pire du pire : on ne sait pas si en arrivant au bout on aura ce qu’on veut ! Ça, c’est surtout pour les étudiants internationaux. Pour s’inscrire à des activités (vente de tickets : 12h-13h, si t’arrives à 12h10 t’es déjà plus sûr d’en avoir, et t’as fait la queue pour rien), entrer dans un pub pourtant pas vraiment bondé, ou simplement se nourrir.

Il y a la queue évoluée : on arrive, on prend un ticket avec un numéro dessus, on va s’asseoir (ou pas, s’il n’y a plus de place…) et on attend que notre numéro sorte (ça fait un peu loterie comme ça). On essaie de ne pas sursauter chaque fois que l’on entend le bruit sonore qui indique le numéro suivant, et de ne pas regarder l’écran toutes les 5 minutes pour voir si le numéro a changé. Ça, c’est super courant. Par exemple dans les banques, les agences de transport, et au sein même de la fac pour avoir un papier !

Mais le nouveau concept que j’aimerais introduire ici, c’est celui de faire la queue pour faire la queue, une nouveauté pour moi (mais ça doit exister en France aussi je pense). Je m’explique : vous arrivez un matin, de bonne heure (pour éviter la queue justement, hé, pas bête la guêpe !), vous avez besoin d’un papier pour séjourner en Suède. Vous cherchez la petite borne magique pour prendre votre petit numéro, il n’y en a pas. Vous cherchez la longue file d’attente (en général, elle se voit !), il n’y en a pas. Vous finissez par croire que vous avez du bol et vous choisissez la petite file d’attente devant vous. Un quart d’heure plus tard, vous arrivez en face de la madame, en vous demandant encore si vous ne vous êtes pas trompée (bizarre bizarre ce manque de queue…), vous expliquez votre cas, là elle a l’air de savoir de quoi vous parlez (ouf), vous jubilez presque pensant rentrer chez vous dans les 10 minutes qui suivent… erreur, grossière erreur. La madame vous tend (avec le sourire) un ticket avec un numéro dessus pour faire la queue dans la salle d’à-côté.
Dans la salle, ça sonne régulièrement, vous essayez de ne pas vérifier le numéro à chaque fois parce que c’est jamais le vôtre qui avance (oui c’est technique, il y a plusieurs files d’attente en parallèle, vous avez été triés par la première queue déjà). Au final, pour avoir tous les papiers que vous voulez, il vous faudra prendre le tram pour aller (re) faire la queue un peu plus loin en ville.
Cela dit, je précise en passant que le système me paraît quand même plutôt pas mal dans le sens ou la première queue permet de faire une sorte de premier tri et de diriger les personnes à un guichet « spécialisé » en fonction de leur demande, peut-être même d’adapter le nombre de guichets traitant ce type de demande en fonction du nombre d’arrivées (je flaire le projet info de folie…). Par contre, ce serait bien de faire un son différent pour chaque file d’attente. Ça éviterait au quidam de se faire une fausse joie toutes les deux minutes.
Maintenant envisageons un autre cas. Il est 11h30, vous avez votre ticket pour faire la queue. Il indique 52, on en est au numéro 37. Une heure plus tard, ça a bougé de 4 numéros. Bien sûr, entre temps, vous avez pensé à aller faire du tourisme et même quelques achats. En bonne scientifique, vous estimez que votre tour arrivera aux alentours de 15h. Or il est 12h30, vous avez la dalle, rappelez-vous que vous vous êtes levée tôt ce matin pour faire la queue. Pensez-vous qu’en vous absentant une petite demi-heure pour prendre un Mac Do à côté les numéros avanceront plus vite ? La réponse, aussi incroyable que cela puisse paraître, est oui : quand vous revenez 25 minutes plus tard, votre numéro est passé, vous pouvez prendre un autre ticket pour faire la queue.
Ce n’est que le début d’une longue journée...